« On doit porter le deuil pendant sept jours pour un mort, pendant tous les jours de sa vie pour un fou. »
Sant Augustin
Sant Augustin

La Croix Consolatrice
Nouvelle [inédite, 2009, 96 pages]
PRÉSENTATION
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Making-of "Un Éclat" (c) C. Jubien |
Cette nouvelle est la mise sous forme littéraire du court-métrage de l’auteur « Un Éclat ». Rodolphe Viémont a souhaité s’atteler à ce travail afin d’approfondir, par une autre forme artistique, personnage et situations décrites dans le film.
Aller plus intensément et plus profondément dans la tête de Pierre Lumens (héros de « Un Éclat ») ; d’autant que le film est très peu psychologique. Ainsi, la lente renaissance de Lumens et sa forte résistance à celle-ci y est plus détaillée que l’art cinématographique l'avait permis. Ou du moins différemment.
Une épreuve, sous forme de grosse nouvelle de 96 pages , a été achevée.
Il eut été souhaitable qu’une sortie de ce texte puisse se faire en coffret avec le DVD du film ; mais la logistique de la distribution semble a priori ne pas aimer pour les petits tirages ce genre de produit duel. À suivre.
Dépôt légal de la nouvelle : SDGL n°13644.
Aller plus intensément et plus profondément dans la tête de Pierre Lumens (héros de « Un Éclat ») ; d’autant que le film est très peu psychologique. Ainsi, la lente renaissance de Lumens et sa forte résistance à celle-ci y est plus détaillée que l’art cinématographique l'avait permis. Ou du moins différemment.
Une épreuve, sous forme de grosse nouvelle de 96 pages , a été achevée.
Il eut été souhaitable qu’une sortie de ce texte puisse se faire en coffret avec le DVD du film ; mais la logistique de la distribution semble a priori ne pas aimer pour les petits tirages ce genre de produit duel. À suivre.
Dépôt légal de la nouvelle : SDGL n°13644.
EXTRAIT
« Il devait être neuf heures, peut-être un peu plus. J’avais le ventre qui gargouillait. Je n’avais rien mangé de la journée. Pourtant je n’avais toujours pas faim ; juste : je ne pouvais empêcher mon corps de réclamer…
Mais je n’arrivais pas à arrêter mon travail. Je savais que j’allais passer la nuit ici. Oui, c’était sûr, j’y passerais toute la nuit.
Je réfléchis à cette envie, assez inédite, d’œuvrer ainsi, sans pause et sans répits, obnubilé par ma restauration. Je réfléchis ; et je ne savais pas si j’agissais ainsi pour en finir au plus vite et me débarrasser de cette corvée, de ce travail imposé ; ou au contraire si c’était que, contre ma volonté, contre ma conscience, mais tout près de mon âme, je faisais désormais corps avec le crucifix et que je ne pouvais plus me détacher de lui.
Avec un petit pinceau, je passais une fine couche de fixateur sur les multiples petits éclats de peinture que je ne reprendrais pas. Je retoucherais certains, certes, mais pas tous. Il fallait alors empêcher les fragments de s’agrandir.
Le silence dans l’atelier était pesant. Seul, de temps en temps, le bruit d’une voiture, dehors, dans la rue, venait perturber ce calme, lourd et signifiant : j’étais alors en tête à tête, sensuel, quasi-physique, avec le Christ. Juste lui et moi, dans l’immensité de cette nuit d’hiver, studieuse et appliquée.
J’évitais toujours, prudent, méfiant, de croiser le regard du Christ, ce regard qui, du fait des yeux en réalité clos, n’existait que dans ma tête.
Pourtant, malgré ces préventions, je me sentais plus fébrile que tout à l’heure. Inquiet et anxieux.
Ma main tremblait ; je le voyais bien à la petite agitation qu’elle transmettait à mon pinceau, dont le trait incolore du fixateur n’était plus aussi précis.
Cette proximité, organique, avec le Crucifié m’angoissait terriblement. Comme avec la reproduction de l’Annonciation, hier, je sentais en moi, au fond de moi, que, ce soir, cette nuit, je comprenais la Passion du Christ.
Là, devant moi, l’œuvre d’art s’incarnait totalement : le crucifix devenait Christ !…
Je sentais cette transformation au plus profond de mon cœur ; et, encore une fois, cela m’emplissait de joie et de nausée en même temps. Ma conscience rejetait violemment, comme un mal, comme une agression, ce que mon âme touchait ici, délicatement, du bout des doigts.
Je lâchai mon pinceau et regardai ma main trembler comme une feuille. »
Mais je n’arrivais pas à arrêter mon travail. Je savais que j’allais passer la nuit ici. Oui, c’était sûr, j’y passerais toute la nuit.
Je réfléchis à cette envie, assez inédite, d’œuvrer ainsi, sans pause et sans répits, obnubilé par ma restauration. Je réfléchis ; et je ne savais pas si j’agissais ainsi pour en finir au plus vite et me débarrasser de cette corvée, de ce travail imposé ; ou au contraire si c’était que, contre ma volonté, contre ma conscience, mais tout près de mon âme, je faisais désormais corps avec le crucifix et que je ne pouvais plus me détacher de lui.
Avec un petit pinceau, je passais une fine couche de fixateur sur les multiples petits éclats de peinture que je ne reprendrais pas. Je retoucherais certains, certes, mais pas tous. Il fallait alors empêcher les fragments de s’agrandir.
Le silence dans l’atelier était pesant. Seul, de temps en temps, le bruit d’une voiture, dehors, dans la rue, venait perturber ce calme, lourd et signifiant : j’étais alors en tête à tête, sensuel, quasi-physique, avec le Christ. Juste lui et moi, dans l’immensité de cette nuit d’hiver, studieuse et appliquée.
J’évitais toujours, prudent, méfiant, de croiser le regard du Christ, ce regard qui, du fait des yeux en réalité clos, n’existait que dans ma tête.
Pourtant, malgré ces préventions, je me sentais plus fébrile que tout à l’heure. Inquiet et anxieux.
Ma main tremblait ; je le voyais bien à la petite agitation qu’elle transmettait à mon pinceau, dont le trait incolore du fixateur n’était plus aussi précis.
Cette proximité, organique, avec le Crucifié m’angoissait terriblement. Comme avec la reproduction de l’Annonciation, hier, je sentais en moi, au fond de moi, que, ce soir, cette nuit, je comprenais la Passion du Christ.
Là, devant moi, l’œuvre d’art s’incarnait totalement : le crucifix devenait Christ !…
Je sentais cette transformation au plus profond de mon cœur ; et, encore une fois, cela m’emplissait de joie et de nausée en même temps. Ma conscience rejetait violemment, comme un mal, comme une agression, ce que mon âme touchait ici, délicatement, du bout des doigts.
Je lâchai mon pinceau et regardai ma main trembler comme une feuille. »
