Yves Bonnefoy, « L'Improbable »

Laurence
« Le ciel est bas ce matin
sans teinte, déjà hivernal.
Il doit être semblable chez toi, là-bas, vers le sud.
Je pense à toi, doucement, avec délicatesse, par petites touches pointillistes.
Puis d'un coup, la folie, ma folie ! m'étreint de nouveau ;
je me prends ta douce existence en travers la gueule : une gifle violente mais jouissive : TU ES VIVANTE !
Et mes petits carrés de couleurs se transforment en de longues lignes, fines et sombres
J'exulte, le cœur submergé de joie ; cette joie que j'estime tant, telle une Bonne Nouvelle.
Je prierai pour toi dimanche,
je prierai pour nous aussi. »
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« Journée grise.
Litanies et bourdonnement.
Ça prend à la gorge : un vrombissement qui assomme et s'assume !
Tu n'étais pas là ce matin ;
et ce silence est pesant.
D'autant que je ne peux rien faire pour l'éliminer de mon corps, de mes cellules en manque :
je tremble.
J'aime ma fragilité, cette fragilité infantile qui m'étreint.
Car c'est la seule chose dont je suis sûr.
Je lève les yeux au Ciel.
J'ai l'intuition qu'il pleuvra ce soir ;
ce soir ou cette nuit...
Ça me lavera un peu de mon angoisse. »
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« Un mot et j'accours, le cœur en écharpe,
dénudé,
en proie à toute agression, à toute douleur.
Mais c'est le prix à payer ; c'est le risque que je prends ce matin d'hiver, sec mais ensoleillé, à m'agenouiller ainsi devant toi,
libre,
mais à nu,
fragile comme un gosse que la vie n'a pas épargné.
Mais je n'ai pas peur ;
non, je n'ai pas peur. C'est ma manière à moi de braver l'existence
en la provoquant pour en extraire le plus beau des rêves.
Tu es ce songe merveilleux, mon songe merveilleux ; et tu le seras longtemps,
intensément,
tout à la fois avec sérieux et torpeur,
comme un feu-follet, vif mais petit, à protéger.
Il brille dans la nuit, doucement, avec sûreté, sécurité,
suffisamment intense pour me réchauffer le cœur et suffisamment délicat pour ne pas m'embraser en entier. »