Rodolphe Viémont

« Aujourd’hui, l’art c’est ou la plainte ou la cruauté. (…) Aujourd’hui, on se sent à l’avant-garde du moment qu’on se plaint. »
Rossellini (interview, 1963)
Rodolphe Viémont

Murmures du moment


  • "Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu'il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté qu'il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu'on dirait à le voir qu'il n'a pas seulement perdu sa liberté mais gagné sa servitude."
    La Boétie



  • [Hiver 1980]
    Cher Antonioni…
    Dans sa typologie, Nietzsche distingue deux figures : le prêtre et l’artiste. Des prêtres, nous en avons aujourd’hui à revendre : de toutes religions, et même hors religion ; mais des artistes ? […]
    J’appelle sagesse de l’artiste, non une vertu antique, encore moins un discours médiocre, mais au contraire ce savoir moral, cette acuité de discernement qui lui permet de ne jamais confondre le sens et la vérité. Que de crimes l’humanité n’a-t-elle pas commis au nom de la Vérité ! Et pourtant cette vérité n’était jamais qu’un sens. Que de guerres, de répressions, de terreurs, de génocides, pour le triomphe d’un sens ! L’artiste lui, sait que le sens d’une chose n’est pas sa vérité ; ce savoir est une sagesse, une folle sagesse, pourrait-on dire, puisqu’elle le retire de la communauté, du troupeau des fanatiques et des arrogants. Tous les artistes, cependant, n’ont pas cette sagesse. […]
    Cette opération terroriste s’appelle généralement le réalisme. Aussi, quand vous déclarez (dans un entretien avec Godard) : « J’éprouve le besoin d’exprimer la réalité dans des termes qui ne soient pas tout à fait réalistes », vous témoignez d’un sentiment juste du sens : vous ne l’imposez pas, mais vous ne l’abolissez pas. Cette dialectique donne à vos films (je vais employer de nouveau le même mot) une grande subtilité : votre art consiste à toujours laisser la route du sens ouverte, et comme indécise, par scrupule. C’est en quoi vous accomplissez très précisément la tâche de l’artiste dont notre temps a besoin : ni dogmatique, ni insignifiant. […]
    La première fragilité de l’artiste est celle-ci : il fait partie d’un monde qui change, mais lui-même change aussi ; c’est banal, mais pour l’artiste, c’est vertigineux ; car il ne sait jamais si l’œuvre qu’il propose est produite par le changement du monde ou par le changement de sa subjectivité. Vous avez toujours été conscient, semble-t-il, de cette relativité du Temps. […]
    Cher Antonioni, j’ai essayé de dire dans mon langage intellectuel les raisons qui font de vous, par delà le cinéma, l’un des artistes de notre temps. Ce compliment n’est pas simple, vous le savez ; car être artiste aujourd’hui, c’est là une situation qui n’est plus soutenue par la belle conscience d’une grande fonction sacrée ou sociale ; ce n’est plus prendre place sereinement dans le Panthéon bourgeois des Phares de l’Humanité ; c’est, au moment de chaque œuvre, devoir affronter en soi ces spectres de la subjectivité moderne, que sont, dès lors qu’on n’est plus prêtre, la lassitude idéologique, la mauvaise conscience sociale, l’attrait et le dégoût de l’art facile, le tremblement de la responsabilité, l’incessant scrupule qui écartèle l’artiste entre la solitude et la grégarité. Il vous faut donc aujourd’hui profiter de ce moment paisible, harmonieux, réconcilié, où toute une collectivité s’accorde pour reconnaître, admirer, aimer votre oeuvre. Car demain le dur travail recommencera.
    Roland Barthes





  • (c) Miles Johnston

  • « Sagan, Françoise. Fit son apparition en 1954, avec un mince roman, Bonjour tristesse, qui fut un scandale mondial. Sa disparition, après une vie et une œuvre également agréables et bâclées, ne fut un scandale que pour elle-même. »
    Épitaphe (écrit par elle-même) de Françoise Sagan

  • « Quand (un blessé) est entouré et qu'il tente d'adresser un récit à une personne qui le sécurise, il élabore la représentation de son malheur et remanie le sentiment qu'il éprouve. C'est pourquoi il est aussi important de faire le récit de son traumatisme. »
    Boris Cyrulnik



  • Commune de Paris. Entrée des troupes de Versailles. Église Saint Jean-Baptiste de Belleville, rue de Belleville. Mai 1871
    Photo de Eugène Fabius

  • « Le vieux fascisme si actuel et puissant qu’il soit dans beaucoup de pays, n’est pas le nouveau problème actuel. On nous prépare d’autres fascismes. Tout un néo-fascisme s’installe par rapport auquel l’ancien fascisme fait figure de folklore […]. Au lieu d’être une politique et une économie de guerre, le néo-fascisme est une entente mondiale pour la sécurité, pour la gestion d’une « paix » non moins terrible, avec organisation concertée de toutes les petites peurs, de toutes les petites angoisses qui font de nous autant de microfascistes, chargés d’étouffer chaque chose, chaque visage, chaque parole un peu forte, dans sa rue, son quartier, sa salle de cinéma. »
    Gilles Deleuze

  • « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d'imbéciles qui, avant, ne parlaient qu'au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. »
    Umberto Eco

  • - Quelle est votre ambition dans la vie ?
    - Devenir immortel et mourir.
    Jean-Luc Godard, À bout de souffle


  • "La bêtise est infiniment plus fascinante que l'intelligence, infiniment plus profonde. L'intelligence a des limites, la bêtise n'en a pas."
    Claude Chabrol



  • "On a dû te dire qu'il fallait réussir dans la vie ; moi je te dis qu'il faut vivre, c'est la plus grande réussite du monde."
    Jean Giono

  • "Je sais que la poésie est indispensable, mais je ne sais pas à quoi."
    Jean Cocteau

  • Chantal Akerman à Thierry Garrel (alors directeur des documentaires sur Arte) :

    "Vous m’avez demandé de préciser ma pensée. Vous aimeriez savoir par quel bout je vais pouvoir prendre ce sujet. Moi aussi, je me sentirai mieux, plus tranquille, et aussi sans doute moins intéressée par le projet. Parce que ce qui me fascine et m’effraie à la fois, quand je me mets en tête de faire un documentaire, c’est bien de le découvrir ce documentaire, de le découvrir en le faisant. 
Et préciser ma pensée serait, je crois, aller à l’encontre même du projet documentaire, et me fait donc un peu peur. Parce que, en le faisant, je me laisse conduire, je dirais presque à l’aveugle, je deviens une sorte “d’éponge-plaque sensible” qui aurait une écoute flottante et d’où surnagerait ou se révélerait au bout d’un long moment, le film. 
Ce qui me fait peur, ce n’est pas de penser, mais bien d’enfermer un documentaire dans du déjà “prépensé” alors que ce que j'essaie, c’est d'arriver sur “les lieux du crime” presque vierge, et que ce soit la matière même du documentaire qui vienne m’occuper et pas le contraire.
C’est presque impossible bien sûr, et l'on arrive toujours quelque part avec tout ce qu’on traîne, et tout ce qui vous constitue."



  • "La philosophie antique nous apprenait à accepter notre mort. La philosopie moderne la mort des autres."
    Michel Foulcault

  • On vit avec un cœur trop vide dans un plein trop plein de tout. Et en ayant tout usé, on est désabusé de tout.
    Digression d'après Chateaubriand