Rodolphe Viémont

« Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d'action. »
H. Bergson, « Mélange »
Rodolphe Viémont

Murmures du moment...

 



  • « Je t'ai toujours connu grand brûlé. Tu te faisais mal dans ton coin. Tu étais presque infirme devant le monde. Je te voyais venir avec toutes ces mythologies bidon de James Dean. Tu la trouvais belle, la mort, bien garce, offerte. Il fallait que tu exploses, que tu te désintègres. Tu allais à une autre vitesse, avec une autre tension. Chaque jour, tu ressassais les mêmes merdes, les mêmes horreurs dans ton crâne. A la fin, forcément, tu deviens fou. Tu te débats, tu te cognes contre tous les murs. Dans Série noire, tu te précipites la tête contre le pare-brise de ta voiture. J'ai toujours mal en repensant à cette scène. »
    Gérard Depardieu à Patrick Dewaere,  "Lettres volées", Jean Claude Lattès


  • "C'est ce que disait Cassavetes dès "Shadows", puis "Faces" : ce qui fait partie du film, c'est de s'intéresser aux gens plus qu'au film, aux "problèmes humains" plus qu'aux "problèmes de mise en scène", pour que les gens ne passent pas du côté de la caméra sans que la caméra ne soit passée du côté des gens."
    Gilles Deleuze



  • (c) Jan Zwart.





  • L'univers est constitué de protons, de neutrons, d'électrons et de grocons.





  •  


  • La toute dernière interview d'A. Tarkovski (28 avril 1986) par Nouvelles Clés...

    Nouvelles Clés : Pourquoi n'aimez-vous pas votre film Solaris ? Serait-ce parce qu'il est le seul à ne pas être douloureux ?

    Andreï Tarkovski : Je pense que la notion de conscience qui s'y matérialise est assez bien exprimée. Le problème, c'est qu'il y a trop de gadgets pseudo-scientifiques dans le film. Les stations orbitales, les appareils, tout cela m'agace profondément. Les trucs modernes et technologiques sont pour moi des symboles de l'erreur de l'homme. L'homme moderne est trop préoccupé par son développement matériel, par le côté pragmatique de la réalité. Il est comme un animal prédateur qui ne sait que prendre. L'intérêt de l'homme pour le monde transcendant a disparu. L'homme se développe actuellement comme un ver de terre : un tuyau qui avale de la terre et qui laisse derrière lui des petits tas. Si un jour la terre disparaît parce qu'il aura tout mangé, il ne faudra pas s'en étonner. A quoi cela sert-il d'aller dans le cosmos si c'est pour nous éloigner du problème primordial : l'harmonie de l'esprit et de la matière ?

    N. C. : Comment vous situez-vous par rapport à ce qu'on appelle la "modernité" ?

    A. T. : Comme un homme... qui a un pied sur le pont d'un premier bateau, l'autre sur le pont d'un second bateau... L'un des bateaux va tout droit, et l'autre dévie vers la droite. Petit à petit, je me rends compte que je tombe à l'eau. L'Humanité est actuellement dans cette position.
    Je pressens un avenir très sombre, si l'homme ne se rend pas compte qu'il est en train de se tromper. Mais je sais que tôt ou tard il prendra conscience. Il ne peut pas mourir comme un hémophile qui se serait vidé de son sang pendant son sommeil parce qu'il se serait égratigné avant de s'endormir. L'art doit être là pour rappeler à l'homme qu'il est un être spirituel, qu'il fait partie d'un esprit infiniment grand, auquel en fin de compte il retourne. S'il s'intéresse à ces questions, s'il se les pose, il est déjà spirituellement sauvé. La réponse n'a aucune importance. Je sais qu'à partir de ce moment-là, il ne pourra plus vivre comme avant.

    N. C. : Qu'y a-t-il au-delà de la mort ? Avez-vous déjà eu l'impression de faire un voyage dans cet au-delà ? Quelles ont été vos visions ?

    A. T. : Je ne crois qu'une une seule chose ; l'âme humaine est immortelle et indestructible. Dans l'au-delà, il peut y avoir n'importe quoi, cela n'a aucune espèce d'importance. Ce qu'on appelle la mort, n'est pas la mort. C'est une nouvelle naissance. Une chenille se transforme en cocon. Je pense qu'il existe une vie après la mort, et c'est cela qui se révèle angoissant. Cela serait tellement plus simple de se concevoir comme un fil de téléphone qu'on débranche. On pourrait alors vivre comme on veut. Dieu n'aurait plus aucune espèce d'importance.

    N. C. : Dans votre livre Le Temps Scellé, vous dites : "L'occident crie sans cesse : Regardez ! Ceci est moi ! Regardez comme je souffre ! Comme j'aime ! Moi ! Je ! Mien... !" Comment avez-vous résolu le problème de l'ego en tant qu'artiste célèbre ?

    A. T. : Je n'ai pas encore résolu ce problème. Mais, j'ai toujours senti sur moi l'influence et le charme de la culture orientale. L'homme oriental est appelé à se donner en cadeau à tout ce qui existe. Alors qu'en Occident, l'important est de se montrer, de s'affirmer. Cela me paraît pathétique, naïf et animal, moins spirituel et moins humain. En cela je deviens de plus en plus oriental.

    N. C. : Pourquoi avez-vous renoncé à tourner la vie d'Hoffmann ?

    A. T. : Je n'ai pas renoncé à ce film. Je l'ai remis à plus tard. Tourner Sacrifice était plus essentiel. La vie d'Hoffmann était destinée à être un film romantique. Or, le romantisme est un phénomène typiquement occidental. C'est une maladie. Quand l'homme vieillit, il voit sa jeunesse comme les romantiques voient le monde. L'époque romantique était spirituellement riche, mais les romantiques n'ont pas su utiliser leur énergie comme il le fallait. Le romantique embellit les choses, il fait ce que je fais lorsque je ne me suffis pas à moi-même : je m'invente moi-même, je ne crée plus le monde, je l'invente.




  • Un artiste est un enfant qui a survécu.