Rodolphe Viémont

« La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir, et c’est elle qui fait ce vide. »
Simone Weil
Rodolphe Viémont

Les Limbes

 

RECUEIL DE POÈMES EN WORK IN PROGRESS ; 2014-20...


 

 

BLESSÉ (EN SOMME) / 22 février 2015


− Un drôle d'endroit !?

− Oui. Un sanctuaire.



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MATRIX / 15 avril 2014

Puisque seule la crasse me rend vivant
Je demande le droit de ne jamais connaître l'ablution
Nous étions tous puceaux, surtout moi
Je ne savais pas que chez eux la décadence était faite de mensonges et d'ironie
De détestation tragique
Mathilde P. ! the number one des hystéros, tenait les rênes
Un utérus en pleurs, avec cancer par ci, cancer par là
Des mots mal orthographiés, l'encre qui bave, un peu de kif dans les poumons
Et la première bière, le cul sur le pavé, dans le froid de l'hiver.
L'horloge ne criait pas encore
D'autant que, croyez-moi, messieurs, l'heure on s'en tamponne !
Je ne suis pas né d'une matrice ; elle m'a dégueulé !
Je ne suis pas né de chair
Peut-être d'une plante sulfureuse à viande
Ou d'un ruminant aux orbites crevées ?
Il faudrait m'opérer, m'ouvrir le bide pour voir de quel sang je suis fait
Où l'étais du moins
Une fille par lettre de l'alphabet
Oh oui : au moins une !
J'ai mis un jour la tête dans une usine
Je me suis fait poinçonner tout le crâne
Il faut condenser les choses pour les rendre supportables
Trop d’élixirs sont sans goût, de la flotte, un genre de western, un café US
Je ne suis pas né d'une matrice ; je ne suis pas né de chair
Pourtant bordel je respire ! Je te respire et les respire déjà !
Sais-tu amour que nous sommes la plus grande fabrique à yeux : huit à nous deux !
Huit dans le vent
Huit par champ
Huit déjà.


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MOURIR NE M'EFFRAYE PAS
/ 15 avril 2014

Mourir ne m'effraye pas ; vieillir si.
Moi qui voulais m'enfuir comme les autres, vers 27
Ça aussi est raté.
Ce corps flasque étendu sur la grève
Ce corps que l'on ne voit plus soi-même
Comme si la sortie était obstruée
Sans paysage. Rien que le laid
Epier les songes, battre le soleil
User des principes sans modération
Le sacrifier – en silence, par pure esthétisme
Des petites bulles de joie
En abuser sans en avoir l'air
Et trouver rigueur dans le néant
Vis, suinte, aspire et rejette
Vis, suinte et tue.
Mon cœur, gros comme celui d'un bovin, n'alimente plus mon cerveau
Bon à trépaner sous l'obscurité d'un amour de papier.


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OUT
SIDE
/ 15 avril 2014

Depuis toujours je hais les familles
Ce labyrinthe de pouvoir, ses humiliations
Très tôt j'ai mis le holà, enfin ai-je tenté
Depuis je vis en solitude qui me va bien
Non : qui me va mal
Mais toute chose se paye
Des mondes séparés. Hypocrisies des sourires sans fard
Tout va bien.


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L’ÉTRANGER
/ 26 mars 2014

Chuchoter est souvent prometteur.
Si la peau est muette, si la rébellion n'existe que pour les intimes.
Je suis moi joie et délices. Vous avez perdu la bataille.
The bloody sky, sans perte, sans mot.
Les délices sont acérés.
Quelques lambeaux de soleil dans ma main.
Sans vent, le ciel gicle comme du pus,
Là où tout est holocauste, là où l'on ne respire plus.
Ai-je crié quand je suis venu dans votre monde en noir-et-blanc ? Déjà la maladresse, le mauvais choix. La boue. Le bruit.
Seize jours auront suffi à me faire rock.
Faut dire : les indiens n'étaient pas là pour me sauver de vos bêtises érigées en grande éducation.
Des balles de plomb qui se perdent. Je suis l'orphelin des caresses.
Un arbre. Un arabe. On est tout l'arabe de quelqu'un.
Je connais les miens, sans hésitation.
Caillou de sang.
Mon travail vient de cette misère.
La seule solution au sifflement des peuples est le pardon de mon arrogance.
Le dérèglement des sens n'est plus ma devise. Rien n'accapare.
Je ne suis pas démocrate. Juste bourreau de travail.
Vous serez bien accueilli, croyez-moi, ici, si vous présentez quelques pattes caleuses de labeur.


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(SANS TITRE)
/ 26 mars 2014

J'aime son cou d'animal quand il dégueule le monde.
Quand il pourrit la façon qu'ont les bien-pensants de bouger et d'aimer.
Ils balayent les promesses, souvent ridiculisent le malheur. Etouffent les frissons. Calomnient.
Où sont les païens ? Où est le messie qu'ils disaient promis ?
Le froid est androgyne.
Il n'y quatre mots à tout ; les reproduire est connaître la vérité.
Je vois mon cercueil présenté à l'assemblée dans un souffle, retenue.
Une dague imaginaire, la plus longue de tous les temps, transperçant les civilisations :
la plus fidèle et la plus fière.
Elle avait de petits seins, un piercing dans le nombril ; elle voulait un ingénieur.
Mélanger les époques, jeter en vrac les femmes dans une même phrase est ma façon à moi d'exister. A vous de tout reconstruire, chère Hortense !
Oui, j'aimais son cou d'animal, celui que j'aurais dû trancher dès le début.
Une incision propre : on n'est pas des chiens non plus !
Mettez-moi deux araignées s'il vous plaît, monsieur le boucher !
Une évidence. Que de temps volé.
Deux essais à rien. La catastrophe. N'est pas aliéné celui que l'on imagine.


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(SANS TITRE)
/ 26 mars 2014

Chez moi, la bile est noire : sans repos.
Chez moi, la grâce n'est jamais seule dans la forêt des mensonges.
Elle se pose en miroir de couleurs.
Chez moi, la mélancolie est grecque.
Aristote, Nietzsche : de ma colère est venue l'exclusion.
Souvent en tort, mais sans volonté de pardon,
Chaque texte, chaque film est une naissance.
Ceux qui aiment resteront. Pour le reste, il y a mon mur haut de six mètres autour de mon jardin.
Mon berger tient la maison, deux centimètres de crocs blancs qui savent épier et apaiser mes névroses.
Avec la « Lettre à Julia » je positivais ma révolte.
Plus que jamais, je dois réécrire aujourd'hui ce texte.
Beaucoup d'eux sont rentrées dans le rang sans scrupule. Les écorchures de durent pas, n'ont jamais plus que quinze ans.
Moi je reste le fou, le cinglé, celui qui rêve et qui, à force de rêver, encore et encore, éprouvera l'infini et sa chaleur.
Je suis mille fois plus vivant que ces bobo-aspics qui encombrent les trottoirs des mégapoles.
Chez moi, on ne fuit pas la pluie du matin qui entre dans la maison et court libre de mot en mot. 


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FILS DE MORTA
/ 05 janvier 2014

Petits clapotis sourds
Rigole salée ; sables mouvants. Sable en mouvement.
Aspire, halète, avale.
Ma chair se fait solide pour votre Grand Guignol.
Je hais les romains et leur fils.
Je me demande : dans quelle sphère se repose Dieu les jours de vide ?
Et comment choisir son camp, sans trébucher ?
Je regarder l'or ternir la nuit,
Je m'enthousiasme de l'eau qui blanche croupit dans le matin.
C'est là dans cette terre grasse et sans remouds que je rêve et me rafraîchis parfois.
Le soleil sur la peau cancérise.
Tout n'est qu’incandescence, respiration profonde, impolie, sans lacération.
Un cormoran vient de plonger. Pour le mouvement, l'hyperbole : sans faim.
L'inutile s'efface avec nos bouches arides, asséchées par ce vent sans sel, humide.
La lune a perdu tout manteau. Sans bruine, elle offre des teintes arides.
La terre est verte. Un réverbère.
Je touche le monde tel qu'il est.
Il faut savoir aimer, même si on a un jour oublié le désir au garage.

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ROBE D’HÉMOGLOBINE
/ 05 janvier 2014

Quelle est la teinte de ce suc qui coule dans mes veines ?
Il est de terre, de roche et d'eau
De blancheur injectée dans la rétine.
Tel un jeu, un miracle sucré.
Note de fruits rouges, robe d'hémoglobine.
L'anguille, vive, monte au cerveau
A chaque centilitre de ton amour, la fierté enserre la levée.
Un néon caresse ton visage ; je fixe le plafond.
Mais peu importe !
Les gens sont globuleux et indifférents à toute vibration
Le malheur des parents
Je partirai un jour, avec toi, loin ; si loin qu'on nous oubliera
Nous rirons
Nous rirons depuis un autre monde où tout ne sera que douceur
Le vin de messe est blanc.
Mais pour moi, Monsieur, cela sera bain de midi au soleil et caresse.
Ta peau éternellement neuve.
Partout sur l'eau de ton amour : des pierres de lave.


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LE BUS BLEU
/ 05 janvier 2014

Le bus bleu (the blue bus)
Une incision trop propre pour y cherche un mystère !
Vous ferez des petits tarés ; ont-ils fini par lâcher en choeur
Pénétrant les reflets vendus aux moins offrants.
Je suis le mâle absolu : replié sur son ange
Juste avant les remouds dangereux
Bleu est le rivage. L'eau est rouge. Du jaune dans les valves.
Mes voyelles folles vous défient.
Je crois aux mythes créateurs plus qu'aux saint imposés.
Vos paraboles me glacent le cœur
Aspirent suc et viande ;
Toutes les passions viennent de là.
C'est en s'affolant que les foules se soudent.
Pourrais-tu toi commettre des holocaustes vengeurs ?
Mon bus bleu dérive
De l'éther à la fenêtre ; un Kandinsky au plafond
Je roule vers la lumière
Là où la joie a pouvoir
Où le silence est paix
Où l'eau s'inverse pour éclairer le sommet des pleurs.


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SIFFLE MOI SISYPHE
 / 04 janvier 2014

Siffle-moi Sisyphe le chant des guerriers
Là où Saint-Florent électrise l'eau
Où l'animal s'enfonce dans le chenal de l'inutile
Dans l'onde translucide,
Et vire au vert les jours de pluie.
Il faut savoir arrimer les bateaux si l'on tient à garder loin les nostalgies.
Pleurera-t-il ce midi pour les consentements  ?
Oublierons-nous de nous embrasser  ?
Nous sommes de drôles d'amants, des idoles incomprises
Des drôles d'oiseaux ayant peur du vide.
Le mal n'a pas d'écho sur la Loire.
Elle cicatrise la violence, altère les regrets, protège les embryons que goute parfois l'air du temps.
Savoir retenir son souffle est affaire de mœurs plus que d'habitude.
Ici, le mal est interdit.


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(SANS TITRE)
/ 04 janvier 2014

Briser le silence ne sert à rien car les cendres sont improbables.
Le soleil est azuré ce midi, d'un grand bleu angevin.
Quelques branchages dérivent vers l'estuaire,
Ingrandes se découpe dans le matin.
Bientôt la pluie défiera toute lumière. L'ont dit à la radio !
Communion antique.
J'écoute le requiem qui clapote sur le sable.
Au bout se dresse le jour, éclatant comme un mariage.
Des yeux gros comme le jour explorent le vide ;
Des papillons dans le ventre.
De quelle matière est faite la laine qui nous lie ?
De quelle peinture est notre amour ?
Tu as mis quelque rouge sur ta bouche.
Moi, je pèse mes 90 kilos. Je t'aime.


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(SANS TITRE)
/ 11 août 2013

Longtemps je n'ai usé d'aucun soleil  !
De mes blessures impudiques comme une déchirure,
Cœur ravi, cerveau équarri,
J’expulsais en deux cris bleus
Un romantisme prétentieux
Avec pour seule direction  : la déchéance.
J'étais ce labyrinthe assoiffé aux souffles gras.
La posture des premiers amours courtois
Me faisait maître des particules.
Et si souvent la corde se faisait tendre, c'était pour mieux gicler  : hors de mon corps.
Le vide claquait sec aux oreilles.
De cet accord imparfait s'extirpaient flammes et lait. Inutiles.
Le miroir des flaques  ; les veines caramélisées  ;
Jusqu'aux épines qui hurlaient pour rien...
Même les gerbes étaient bradées
Je me perdais, transparent. Savais la folie fine  : antique. Inutile.
C'est là, par accident, que ton poing serré traversa mes entrailles.
Était-ce chance  ? Était-ce mérite  ?
Quoi qu'il en soit, tu te dessinais là, en fantôme doré, au milieu de mes croyances.
Je pensais  : la douleur est une invention de l'esprit  !
Tu ne dis rien pour m'en dissuader. Je t'en remerciais.
Et en homme libre
Décidai de me pardonner.


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(SANS TITRE)
/ 11 août 2013

Un parjure en violet.
La mort, jusque dans ses parfums floraux, était fantasme.
Quand je l'ai vue, elle se tenait immobile, sommeillant, un taxi-phone à ses pieds : rouge.
Un Panzer s'est pointé. On est montés dedans : sans but.
Un voyage gratuit, sous servitude, sans révolte.
A vrai dire, n'importe quel ailleurs nous convenait.
Juste partir pour fuir l'ennui.
Nous profitions de l'ombre, rejetions foule et foutaises.
Des nœuds dans les cheveux, nos cœurs en travaux,
Trouvèrent sous les vis de nos peaux
Des mécaniques filetées aux diamètres compatibles.
Et cela nous suffit pour chercher à noyer nos écritures à nos humeurs : liquides.
Petits clapotis sourds
Quelle est la teinte de ce suc qui coule dans mes veines  ?