Rodolphe Viémont

« Quand l’essentiel d’un évènement est dépendant d’une présence simultanée de deux ou plusieurs facteurs de l’action, le montage est interdit. Il reprend ses droits chaque fois que le sens de l’action ne dépend plus de la contiguïté physique, même si celle-ci est impliquée. (…) Il faut (…) que l’unité spatiale de l’évènement soit respectée du moment où sa rupture transformerait la réalité en sa simple représentation imaginaire. »
André Bazin
Rodolphe Viémont

Pour aller plus loin

 

"CHERCHER CE QUI N'EXISTE PAS"

 

 NUAGE D'INTENTIONS

… dépasser les aspérités…
… magnifier…
… dépasser la douleur…
… sauvage…
… veiller à être sensible en se gardant d’être précieux…
… un cinéma littéraire…
… comme si des mots s’incrustaient dans l’image…
… un cinéma de la mélancolie…
… des gueules cassées qui brillent…
… en petites touches pointillistes…
… une quête spirituelle permanente…
… tricoter le réel…
… l’intimité comme matériau de départ…


MÉTHODOLOGIE

Première chose : être à l'écoute, être disposé aux choses. Préambule indispensable à. Sinon : accouchement difficile et vain.
Ensuite : regarder, ressentir. Éprouver. On ne crée pas ex nihilo, on bâtit sur.
Troisièmement : réinventer le monde. Réinterpréter le réel. A défaut : enfantement tout juste ludique.
Alors seulement, mettre les mains dans la matière, brasser la terre, caresser l'huile, se noircir le visage...
Pour finir : vérifier que. Sinon : recommencer.

 

INTERROGER L'INSONDABLE

L'art (même ancré dans le réel comme le cinéma) n'a pas pour vocation de rendre compte de ce que l'on sait, connaît, de ce dont on est sûr ; mais bien plutôt, en un labeur méticuleux, revenant sans cesse à la tâche, d'interroger l'insondable, de questionner ses propres axes de fuite, de tracer un chemin joyeux et esthétique : « irriguer son âme », comme disait l'autre.

 

Oui !

Oui aux gargarismes, aux prières, aux supplications et aux rêves.
Oui aux madones de Botticelli, aux tremblements de Van Gogh, à l’indécence de Schiele, aux chairs sanguines de Bacon, au mysticisme de Lochner, à la colère de Basquiat.
Aux Messes de Mozart, au Requiem de Fauré, aux Passions de Bach, à la mélancolie de Chostakovitch et aux chevauchées de Wagner.
Aux riffs de Muse, à la noirceur de Laibach, aux rythmes de Mimetic, aux percussions de Neubauten.
Oui à Jouve, à Rilke, à Genet, à Cendrars. A l’intelligence de Camus.
A la foi de Tarkovski, les miroirs de Bergman, la finesse de Desplechin, au Réel de Bresson, aux silences d’Angelopoulos.
A la brûlure du soleil, du sel de la mer. A l’aube, à la pénombre. Aux fleuves libres. Aux odeurs de vase et d'algue. Aux sensations nocturnes de la ville.
Aux écorchés, aux âmes meurtries. Aux gens entiers, pleins.
Aux combats perdus d'avance. A l’erreur. Au jusqu'au-boutisme. Au courage et à la décadance.
A la chaleur d'un sexe amoureux. A la passion.
A tout ce qui nous sauve de l’infiniment petit pascalien.


FILMS / TOP 20 (sans ordre)

« La Vengeance de Kriemhild » de Fritz Lang
« Le Sacrifice » d’Andrei Tarkovski
« 2001, L’Odyssée de l’Espace » de Stanley Kubrick
« Le Journal d’un Curé de Campagne » de Robert Bresson
« Théorème » de Pier Paolo Pasolini
« La Maman et la Putain » de Jean Eustache
« Sur la Route de Madison » de Clint Eastwood
« La Vie de Jésus » de Bruno Dumont
« Head on » de Fatih Akin
« Japon » de Carlos Reygadas
« La Règle du Jeu » de Jean Renoir
« La Pudeur ou l’Impudeur » d’Hervé Guibert
« Le Regard d’Ulysse » de Theo Angelopoulos
« Dogville » de Lars Van Trier
« Punishment Park » de Peter Watkins
« Païsa » de Roberto Rossellini
« A travers le Miroir » de Ingmar Bergman
« Ordet » de Carl Theodor Dreyer
« Passe Montagne » de Jean-François Stévenin
« Esther Kahn » d’Arnaud Desplechin