La Loire chuchotera toujours ton nom

La Loire chuchotera toujours ton nom

13 février 2014 Non Par Rodolphe Viémont

Documentaire de 11 min, 2014. Produit et distribué par Inward Prod.


Je trouve dans les affaires de mon père qui vient de décéder un roman inconnu de tous. Mon père, biologiste, n’avait aucun raison d’écrire ; pourtant il l’avait fait. Je découvre dans ces mots un être finalement bien plus proche de moi que ce que j’imaginais.

Pourquoi le biologiste a-t-il arrêté d’écrire en fondant sa famille ? Et si venant d’une famille miséreuse il avait préféré l’aisance à une vie de bohème ?  Et si il avait décidé de projeter ses rêves d’art dans ses enfants ? Et si cet homme ne s’était pas un peu (trop) oublié ?…


Scénario, prise de vue, réalisation, production : Rodolphe Viémont
Montage : Rodolphe et Laurence Viémont
Montage son et mixage : Charles  Dachary et François Loubeyre
Étalonnage : Aurélien Pechmeja


Musique : François Couturier (extraits du Tarkovski Quartet)

Avec Sarah Jomain (Chiara), Delphine Müsch (Isabelle), Rodolphe Viémont (le fils), Jean-Daniel Viémont (le père, archives).

Texte original écrit par Rodolphe Viémont et interprété par Aurélien Recoing.

Format : 1.78 / durée : 11′ / Son : stéréo
Copie française, sous-titrée en anglais
Copies disponibles : DVD, Blu-ray, fichier mov

Participations Touscoprod :
Merci beaucoup à Madeleine Bardet, Sarah Bell, Marie-Hélène Fairon, Marie Fairon, Jean-Yves Fradin, Ingrid Gogny, Enguerrand Guépy, Serge Houdant, François Le Goff, Emmanuel Travier, Adélaïde Viémont, André Viémont, Anne-Marie Viémont et Chantal Weizmann pour leurs soutiens.


Festivals et projections publiques

  • Péniche Cinéma, Nuit du court, Paris, 2014
  • Festival International Signes de Nuit, Paris, 2014

Extrait


Présentation du film par Johann Cariou

« Au bout : l’océan. Et derrière l’océan : les retrouvailles. »

Un train express régional traverse l’écran, il vient d’Angers, ou peut-être de Tours, et file vers l’ouest, passe le pays nantais, longe les vignes, coteaux d’Ancenis, muscadet, gros-plant, il rejoint l’estuaire, enfin c’est l’Atlantique.
Mais la maison est vide, déjà les draps de lin sont tombés sur les meubles. Des volets s’échappent des rais de lumière où chahutent les poussières comme autant de galaxies perdues, piégées, espace-temps disparu où rôdent les souvenirs, cartons marqués fragile, maison à vendre.

Suite au décès de son père, un fils découvre le manuscrit de jeunesse de celui-ci et commence à le lire, découvrant à mesure de sa lecture un lien caché entre ce père mutique et lui-même.
Le texte du père entre en écho au roman que le fils vient d ‘achever. Deux femmes se croisent, Chiara et Isabelle ont le goût de l’amour et des premières fraises, le vaporeux parfum de l’idéal féminin, mais elles laissent derrière elles la brume et l’hiver, un goût de métal et de terre. Lors le cœur des narrateurs, touillé comme des goumes par un fleuve en crue soudaine, calque leur désespoir aux rythmes liquides et imprévisibles de la Loire, les ragondins se cachent, depuis la rive un chat les observe imprimer leurs pieds sur le sable.
Échos ligériens et amoureux, deux romans d’apprentissage s’entremêlent malgré les époques, malgré le temps, le dialogue est renoué, ou peut-être il commence vraiment, malgré la mort, l’absence.

Des joues rondes, un enfant se dandine et chante, dans un jardin, il pédale à toute allure sur son tricycle dans le grain piqué de bobines Super 8, enfant éternel, un réalisateur discret tourne le film de sa vie et prolonge cette époque trop rapide, un père filme et regarde son fils, dans le cadre son ombre se dessine parfois puis disparaît.
En silence, le père laisse le fils trouver et suivre son trajet. Ce fils répond aux abandons du père, qui lâcha la prose, des velléités artistiques, et d’autres rêves encore, pour un certain confort, l’honnête métier – mais il lisait dans la flore une littérature invisible à nos yeux – qui autorisait l’épanouissement du fils. Ainsi ce terrible confort – que d’aucuns haïssent et méprisent au nom d’on ne sait quelle posture rebelle ou dandy, formes achevées de la pire bourgeoisie – permît au fils d’étendre ses bras d’albatros.

Mêlant archives personnelles, films familiaux, à sa ballade ligérienne, Rodolphe Viémont tisse le bel écrin à ces dialogues posthumes entre père et fils, lus avec talent par la voie profonde d’Aurélien Recoing, le film, aérien, s’élève et nous élève, prière sans dieu, chargé d’émotion, ce tendre hommage nous emmène vers la paix, une paix magnifique.
Ici, père et fils, sans le savoir, continuent un chemin commun, poursuivent une ligne de fuite, un regard, un compagnonnage, quiet et bienveillant.

La Loire chuchotera toujours ton nom, le nom du père disparu, le nom des amours perdus, père et fils comme un secret comme un pardon.

P.S. : A regarder en dégustant un chenin, vinifié en sec, un Montlouis sur Loire de Jacky Blot, Le Rémus, Domaine La Taille aux loups, (les origines) ; vous continueriez en Anjou, encore un chenin, autrement nommé pineau de la Loire, toujours vinifié en sec mais avec des notes mellifères, une Effusion de Patrick Baudoin (le temps de l’amour) ; vous pourriez finir par un muscadet de Jo Landron, l’homme loup, une Amphibolite Nature, de la fraîcheur, de l’iode et des rochers, l’atlantique dans la bouche (aujourd’hui et demain, l’ouest, l’océan).


Voir le film

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Grand public. Le film n’est plus distribué pour le public.


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